Les symptômes d'une organisation qui grandit plus vite que sa structure

Les symptômes d'une organisation qui grandit plus vite que sa structure

Les signaux qu'il est temps de mettre à jour votre système d'exploitation.

Publié par Jean de Serendly
 -   - Updated    -  6 minutes

Quand une organisation grandit plus vite que sa structure, elle envoie des signaux assez reconnaissables : les décisions ralentissent, les rôles deviennent flous, les priorités se diluent et quelques personnes se retrouvent surchargées. Ces symptômes ne traduisent pas un défaut des individus. Ils indiquent que le mode de coordination en place n’est plus dimensionné pour la complexité atteinte.

Savoir les lire est utile, car ils apparaissent souvent avant que les chiffres ne se dégradent. Les traiter comme des problèmes de personnes conduit à des solutions inefficaces, voire contre-productives. Les traiter comme des signaux de système ouvre la bonne question : qu’est-ce qui, dans l’organisation, doit devenir plus explicite ? La logique générale est posée dans Se structurer pour rester agile.

Pourquoi les symptômes arrivent par paliers

Les difficultés d’organisation n’augmentent pas de façon régulière. Elles se déclenchent à des paliers, parce que chaque mode de coordination a une plage d’efficacité. Tant qu’on reste dans cette plage, tout paraît fluide. Dès qu’on en sort, les mêmes pratiques se mettent à produire de la friction.

C’est ce qui explique une expérience fréquente : rien ne semblait justifier de changer, puis tout s’est mis à coincer en quelques mois, sans qu’aucune décision particulière n’en soit la cause. Ce n’est pas un événement qui a cassé l’organisation, c’est un seuil qui a été franchi. Les symptômes qui suivent sont les façons concrètes dont ce franchissement se manifeste.

Les symptômes de décision

Le signal le plus visible concerne les décisions. Elles remontent. Des arbitrages qui pourraient se régler à leur niveau finissent systématiquement sur le bureau du dirigeant ou d’un petit groupe de responsables. Le délai entre le moment où une question se pose et le moment où elle est tranchée s’allonge, et les gens prennent l’habitude d’attendre une validation plutôt que d’avancer.

Ce goulot donne longtemps l’illusion du contrôle. En réalité, il rend l’organisation dépendante de la disponibilité de quelques personnes et il bride la capacité de chacun à agir. Quand tout doit passer par un même point, ce point devient à la fois le garant de la cohérence et la principale cause de lenteur.

Les symptômes de clarté

Un deuxième ensemble de signaux touche à la clarté des rôles. Personne ne sait plus exactement qui décide quoi. Deux équipes travaillent sans le savoir sur le même sujet, ou au contraire un sujet important n’a pas de responsable identifié et avance par à-coups. Les zones grises se multiplient aux frontières entre fonctions, là où les périmètres ne se recouvrent pas tout à fait.

Ces flous ne viennent pas de mauvaise foi. Ils viennent du fait que les rôles ont été définis, implicitement, pour une organisation plus petite, et qu’ils n’ont pas été revus depuis. Le travail a évolué, les périmètres non, et l’écart entre les deux se paie en doublons, en oublis et en discussions répétées sur des questions de territoire.

Les symptômes d’exécution

Vient ensuite la dégradation de l’exécution. Les priorités se diluent : on commence beaucoup de choses, on en termine moins, et l’attention se disperse sur des sujets qui ne sont pas tous décisifs. Les délais glissent, non par manque de travail, mais parce que la coordination entre les contributions devient le vrai facteur limitant.

La qualité en souffre à son tour. Ce n’est pas que les gens travaillent moins bien, c’est que le travail traverse plus d’interfaces, et que chaque interface mal gérée introduit une perte. Une organisation peut ainsi paraître très occupée tout en produisant moins de résultats nets qu’auparavant, simplement parce que son énergie part dans l’articulation plutôt que dans l’avancement.

Les symptômes humains

Le dernier groupe de signaux est humain, et c’est souvent le plus parlant. Les managers fatiguent, parce qu’ils compensent le manque de structure par leur présence et leur arbitrage permanent. Certaines personnes deviennent indispensables au point que leur absence bloque tout, ce qui révèle moins leur valeur que la dépendance excessive de l’organisation à quelques individus. Or ce relais pèse lourd : Gallup estime que les managers expliquent à eux seuls environ 70 % de la variation d’engagement entre les équipes, si bien qu’un encadrement épuisé par un système qui lui fait compenser le manque de structure ne s’use pas seul ; il entraîne avec lui l’engagement de toute son équipe.

On voit aussi apparaître une lassitude diffuse : le sentiment de retraiter sans cesse les mêmes questions, de réexpliquer les mêmes priorités, de courir derrière une coordination qui ne tient pas d’elle-même. Ce n’est pas un problème de motivation, c’est l’effet prévisible d’un système qui demande aux personnes de combler en énergie ce qui devrait être tenu par la structure.

Lire les symptômes sans culpabiliser le management

Le piège, face à ces signaux, est de chercher un coupable. On suspecte un manque de rigueur, une équipe défaillante, un dirigeant débordé. Cette lecture est presque toujours injuste et rarement utile, car elle s’attaque aux personnes là où le problème est dans l’agencement. Les difficultés viennent du système, pas des individus, et les individus font généralement de leur mieux dans les contraintes qu’on leur laisse.

La bonne réaction consiste à traduire chaque symptôme en question de structure. Un goulot de décision interroge la répartition des responsabilités. Des priorités qui se diluent interrogent les mécanismes de focalisation. Une fatigue managériale interroge le rythme et les relais. Lus ainsi, les symptômes cessent d’être des reproches pour devenir une carte assez précise de ce qu’il faut rendre explicite.

Ces signaux sont la face visible d’un mécanisme plus profond, celui par lequel la croissance produit de la complexité.

Selon le symptôme dominant, deux chantiers reviennent le plus souvent en premier : clarifier les responsabilités et installer un rythme de pilotage qui maintienne l’alignement sans dépendre de la présence permanente des managers.

Share this article

Go further:
Se structurer pour rester agile
Clarifier les responsabilités dans une PME en croissance
Pourquoi la croissance crée de la complexité organisationnelle

Améliorer la collaboration et l'efficacité de votre équipe dès maintenant !

Demander une démo